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Les guerres franco-allemandes au service de l’empire
(trop ancien pour répondre)
Zulu
2016-12-16 18:04:23 UTC
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Entretien avec le professeur Yves Caron

Le professeur Yves Caron, né dans la Somme entre les deux Grandes
Guerres, est le fruit d’une géographie et d’une histoire. Durement
touchée par le conflit franco-prussien de 1870 d’abord, par la Première
Guerre mondiale ensuite, sa terre natale est parsemée de nécropoles,
cimetières de la jeunesse européenne qu’il ne peut évoquer sans émotion.
Ses recherches et sa carrière l’ont ensuite mené aux quatre coins de la
France et ailleurs, mais c’est elle qui décida de sa vie et de son
engagement.

Enfant balloté par la guerre, il ne va que très peu à l’école. Muni du
seul brevet élémentaire, qui à l’époque donnait capacité d’enseignement,
il devient instituteur, puis reprend en autodidacte ses études, passe
son bac, obtient plusieurs licences, et soutient finalement une thèse de
doctorat en histoire. Polyglotte, grand lecteur, Yves Caron a amassé une
impressionnante quantité d’informations, puisées à différentes sources,
qui l’ont mené à une certitude qu’un impérieux besoin de justice a
transformée en combat : la réhabilitation de ceux qu’il appelle « nos
cousins germains ». Qui sont les véritables responsables du
déclenchement des trois guerres qui nous ont opposés à eux ? La guerre
de 14, « d’où vient tout le mal », était-elle évitable ? Quels en
étaient réellement les enjeux ? Après avoir brossé le tableau des
relations internationales d’alors, en particulier entre les grandes
puissances de l’époque – France, Allemagne, Grande-Bretagne et Russie –,
le professeur Caron nous rappelle que le terrain de leurs rivalités
était en réalité bien plus grand que celui de la seule Europe. C’est en
Afrique et dans la péninsule arabique que les plus importantes luttes
impérialistes se jouaient. C’est là que se nouèrent pendant la Première
Guerre mondiale, sur la dépouille de l’Empire ottoman, les drames qui
sont la cause, aujourd’hui encore, des innombrables conflits qui
émaillent la région. Déclaration Balfour, Traité de Versailles, cette
guerre s’acheva en semant les graines de la suivante.

De même que deux générations de Français avaient été élevés dans la
haine de leurs voisins avant la première Grande Guerre, on prépara les
esprits pour la Seconde. La propagande américaine disposait pour cela
d’une formidable machine : Hollywood. Une fois de plus, on attisa les
foules pour les faire consentir au sacrifice suprême. Mais ceux qui ont
vécu là, ceux qui ont vu, lorsqu’on les laisse parler, racontent parfois
une tout autre histoire. Chercheur de vérité, le professeur a quitté ses
livres et est allé dans les villages questionner ceux que l’on a fait
taire ; criant dans le désert, résistant à sa manière, il veut faire
entendre leurs voix devenues muettes.

Indigné par tous les silences de l’histoire – cette mythologie des
vainqueurs – le professeur Caron nous rappelle aussi le martyre des
Allemands. Ceux de la Volga d’abord, communauté piégée au sein de
l’Union soviétique, considérée comme ennemie et déportée en août 41 en
Sibérie. Mais le centre de ses intérêts, tellement tabou qu’il ne put
trouver un professeur prêt à l’accepter comme sujet pour sa thèse de
doctorat, concerne le calvaire des Allemands de Prusse orientale,
Poméranie et Silésie, victimes de ce qu’il considère comme l’un des plus
grands génocides de l’histoire. Le nettoyage ethnique de ces terres,
planifié lors de la conférence de Yalta en janvier 45, fut mis en œuvre
par l’Armée rouge. Beaucoup furent massacrés, les plus chanceux
réussirent à fuir vers l’ouest, les autres furent déportés, les femmes
violées, les maison pillées. Cette épuration, qui visait à vider ces
régions de ses habitants pour les offrir aux Polonais, aux Russes et aux
Tchèques, fut entérinée par les accords de Potsdam en 46. Seize millions
d’Allemands en furent victimes. Seize millions, dont trois millions
périrent et dont plus personne ne parle aujourd’hui.

Oubliés, comme ont été oubliées les victimes allemandes des troupes
françaises et américaines après la Libération. Oubliés, comme ont été
oubliées les victimes françaises de l’épuration. Ce sont tous ces
oubliés, morts une seconde fois de ne pas exister, qui donnent à ce
professeur si attachant la force de témoigner encore de ce qu’il a vu,
de ce qu’il a entendu, de ce qu’il a compris. Entouré de ses 30 000
livres, vibrant à l’évocation de ses souvenirs, érudit et tellement
sincère dans ses indignations comme dans ses attendrissements, le
professeur Caron est lui-même un livre vivant, que nous avons eu
l’honneur d’ouvrir pour vous.

Anne Lucken, pour la section E&R Haute-Savoie

Morceaux choisi de l'entretien 21:38


Entretien complet avec le professeur Caron 1:55:04

Cardinal de Hère
2016-12-16 21:35:10 UTC
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Raw Message
Post by Zulu
Entretien avec le professeur Yves Caron
La cause de la première guerre mondiale tient en un seul mot composé :
"Bagdad-Bahn".

<http://www.egaliteetreconciliation.fr/Rapport-de-Pierre-Hillard-sur-le-Mondialisme-extrait-11263.html>



Les premières ambitions euro-mondialistes en terre d’Islam

A) Le chemin de fer Berlin-Bagdad (le Bagdad-Bahn)

La fin de la deuxième moitié du XIXè siècle voit deux grandes puissances
européennes s’affronter en terre d’Islam, plus précisément au
Proche-Orient : l’Empire britannique et le IIè Reich de Guillaume II.
Cette rivalité germano-britannique est très largement ignorée en France.
Et pourtant, la compréhension profonde des antagonismes entre la
thalassocratie britannique et la puissance terrestre allemande est
capitale à connaître car elle a déterminé la Première guerre mondiale
comme nous allons le voir. La compréhension de cette époque permet aussi
de mieux saisir les enjeux de la guerre des Balkans à la fin du XXè
siècle. En effet, les rivalités entre ces deux Empires s’expliquent en
raison des volontés de contrôle, de production et d’acheminement d’une
nouvelle énergie se substituant au charbon : le pétrole. Au tournant du
XIXè siècle et du XXè siècle, la puissance maritime anglaise, maîtresse
d’environ un cinquième des terres émergées, a besoin de maîtriser cette
nouvelle énergie afin de conserver sa suprématie. En contre partie, le
jeune Empire allemand dont l’unité politique est récente (18 janvier
1871) cherche à obtenir une « place au soleil » selon les propres termes
de l’empereur Guillaume II. Cette Allemagne au développement économique
vertigineux se doit de trouver de nombreux marchés capables d’absorber
les excédents de l’industrie germanique. Dès 1889, une véritable
révolution se produit avec la naissance de liens politiques, économiques
et militaires entre le IIè Reich et l’Empire Ottoman. La visite de
Guillaume II à Istanbul en 1898 renforce ces liens. Le monde turc
d’alors est bien plus vaste que l’actuelle Turquie. En effet, son
territoire s’étend sur toute la péninsule arabique ; c’est-à-dire un
ensemble appelé à se fragmenter après la guerre de 14-18 et qui a permis
la naissance de l’Irak, du Koweït ou encore de l’Arabie Saoudite.
L’existence prouvée de vastes réserves de pétrole en Mésopotamie au
niveau de Mossoul et de Kirkouk aiguise les appétits germano-anglais.
Déjà, l’Empire britannique a réussi à mettre la main sur de nombreux
gisements pétroliers en Perse (actuel Iran) grâce à l’entremise d’un
espion britannique, Sidney Reilly (né Sigmund Georgjevich Rosenblum)[1].
Son action permit la création d’une grande compagnie pétrolière
britannique : l’Anglo-Persian Oil Company.

Cependant, cette victoire britannique était insuffisante. En effet, du
fait des liens germano-turcs, Berlin mettait la pression pour réussir la
construction d’une voie ferrée immense à partir des années 1890, le
Bagdad-Bahn. Partant de Hambourg, passant par Berlin, traversant
l’Empire d’Autriche-Hongrie allié du IIè Reich, cette voie ferrée était
obligée pour des raisons techniques et géographiques de passer par la
Serbie, alliée de la France et de la Grande-Bretagne, ennemie farouche
du monde germanophone. La Serbie constituait le talon d’Achille pour
l’Empire allemand. Cette voie, véritable cordon ombilical, traversait la
Bulgarie (alliée de l’Allemagne) puis zigzaguait à travers toutes les
vallées du territoire ottoman pour longer ensuite le territoire du Tigre
et de l’Euphrate riche en pétrole. Elle devait par la suite aboutir
jusqu’au Golfe persique (actuel Koweït). Berlin envisageait de
construire une base navale qui aurait menacé mortellement la « perle de
l’Empire », les Indes britanniques. Outre le renforcement économique
dans tous les domaines entre Istanbul et Berlin et la naissance d’une
forme d’union douanière au profit de l’Allemagne entre tous les pays
traversés par cette voie[2], cette dernière représentait un véritable
oléoduc sur rail qui aurait, si le projet allait à son terme, assuré au
IIè Reich une indépendance énergétique complète face à ses rivaux
anglais, américain, français et russe. C’est donc une lutte à mort qui
s’est engagée entre les Allemands et les Anglais. L’Empire britannique
jouant sa place de première puissance ne pouvait pas admettre la
réussite de l’Allemagne. Le Times de Londres du 3 octobre 1899 et le
Financial News du 6 octobre 1899 révèlent, comme le rapporte
l’économiste William Engdahl, « les fortes vues géopolitiques des
milieux dirigeants de la politique étrangère britannique vis-à-vis du
projet allemand de chemin de fer vers Bagdad »[3]. Il ne faut donc pas
s’étonner de voir Londres s’opposer avec acharnement au projet allemand,
en particulier, par l’intermédiaire des guerres balkaniques au cours de
la décennie précédant la guerre de 1914. Comme nous l’avons écrit, la
Serbie alliée à la France et à la Grande-Bretagne représentait le talon
d’Achille des ambitions allemandes car ce pays représentait le point de
jonction pour établir une ligne ferroviaire complète entre, d’un côté,
le bloc continental européen et, d’autre part, l’Asie occidentale à
partir des rives du Bosphore. Ces guerres multiples entre la Bulgarie,
la Serbie, la Roumanie etc et à combinaisons multiples freinaient et
entravaient l’achèvement complet du Bagdad-Bahn. Il n’est donc pas
étonnant de lire les propos du conseiller militaire anglais, R.G.D
Laffan, au service de l’armée serbe avertissant que « si Berlin-Bagdad
se réalisait, un énorme bloc de territoires continentaux inexpugnables
par une puissance maritime et produisant toutes sortes de richesses
économiques serait unifié sous l’autorité allemande (…) », ajoutant que
« par cette barrière, la Russie serait coupée de la Grande-Bretagne et
de la France, ses amis occidentaux (…). A cette distance, les armées
allemandes et turques pourraient facilement mettre en danger nos
intérêts égyptiens et, par le Golfe persique, notre Empire des Indes
serait menacé. Le port d’Alexandrette et le contrôle des Dardanelles
donneraient bientôt à l’Allemagne une puissance navale énorme en
Méditerranée (…). Un coup d’œil à la carte du monde nous montre comment
la chaîne des Etats s’étire de Berlin à Bagdad : l’Empire germanique,
l’Empire austro-hongrois, la Bulgarie, la Turquie. Une seule petite
bande de territoire bloque la voie et empêche les deux extrémités de la
chaîne de se rejoindre : la Serbie. La Serbie est petite, mais reste
rebelle entre l’Allemagne et les grands ports de Constantinople et
Salonique, gardienne des portes de l’Orient … La Serbie est
véritablement la première ligne de défense de nos possessions
orientales. Si elle venait à être brisée ou attirée dans le système
Berlin-Bagdad, notre vaste empire mal défendu subirait rapidement le
choc de la pression germanique vers l’Est ». L’attentat de Sarajevo, le
28 juin 1914, contre l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie
François-Ferdinand allume la guerre dans toute l’Europe. En fait, cette
guerre permet à l’Angleterre de jouer son va-tout. En effet, même si la
guerre épuise des forces humaines et matérielles au Nord-Est de la
France et sur le front russe ; l’Angleterre ne perd pas de vue que les
intérêts de sa politique passent par l’anéantissement du Bagdad-Bahn. Il
s’agit de détruire de fond en comble le projet allemand du contrôle de
production et d’acheminement du pétrole en provenance de Mésopotamie et
empêcher l’émergence d’un bloc continental économiquement unifié allant
de Hambourg jusqu’aux rives du Chatt-el-arab.

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