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[39-45] Guerre aérienne - Armée de l'Air de Vichy 1940-1941
(trop ancien pour répondre)
Mara Jade Skywalker
2005-07-19 14:33:22 UTC
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Guerre aérienne - Armée de l'Air de Vichy 1940-1941 -

Le 25 juin 1940, la signature de l'armistice mettait fin à la campagne
de France. Les 853 victoires remportées en combat valurent à l'Armée
de l'Air française de faire l'objet des clauses les plus draconiennes
du document signé avec les pays de l'Axe.

Elle était condamnée à disparaître, après avoir livré ses matériels à la
Luftwaffe et à la Regia Aeronautica italienne. Néanmoins, la France
reçut d'Hitler l'autorisation de conserver une partie de ses avions dans
des dépôts répartis entre la zone non occupée et certaines colonies
d'Afrique, sous réserve que des commissions spéciales de contrôle
puissent en vérifier l'utilisation.

La démobilisation des forces armées françaises prit effet dès la fin du
mois de juin, les unités opérationnelles étant progressivement
dissoutes.

Ce n'est qu'après la capitulation inconditionnelle de l'Allemagne nazie
que l'Armée de l'Air sera pleinement reconstituée, grâce aux industries
américaines et britanniques dans un premier temps.

Et les Allemands veillèrent scrupuleusement à ce que ces forces
aériennes n'acquièrent jamais une puissance susceptible de menacer leur
sécurité.


Le sursis...

Au début de juillet 1940, l'Armée de l'air était loin de penser à sa
revanche. Brisée par la défaite, accusée d'avoir failli à sa mission,
elle était complètement désorganisée. Le personnel envisageait, non sans
appréhension, le retrait de l'activité d'un certain nombre d'officiers
et de sous-officiers, prévu pour le mois de septembre suivant.

Dans la semaine qui précéda le cessez-le-feu du 25 juin, de nombreuses
formations équipées de matériel moderne avaient été rassemblées sur les
terrains d'Afrique du nord. Elles disposaient de 278 Curtiss H-75 de
fabrication américaine, de Dewoitine D.520 et Morane Saulnier MS-406,
intégrés dans treize groupes de chasse.

211 Glenn Martin 167F, Douglas DB-7, LeO-45, Amiot 351, Farman 222 et
223 réunis au sein de vingt et un groupes de bombardement. 96 Potez
63/11, Bloch 174 et Martin 167F, formant cinq groupes aériens
d'observation, et plusieurs Breguet 693.

Privée de pièces de rechange, de mécaniciens et de personnel navigant,
cette force aérienne n'avait de puissance que sur le papier et était
tout juste capable de mener une action défensive. Quant aux unités
dispersées dans l'empire colonial, la vétusté de leur matériel leur
ôtait tout espoir d'intervenir dans un combat contre la Luftwaffe
ou la Regia Aeronautica.

Tel était l'état de l'Armée de l'Air quand les Britanniques attaquèrent
l'escadre française de l'amiral Gensoul à Mers el-Kébir. Résolu à ne
pas laisser tomber entre les mains de l'Axe les magnifiques unités
qui composaient les forces navales françaises de Méditerranée,
le gouvernement britannique avait décidé d'en obtenir le ralliement
ou de les détruire.

C'est dans ce but que, dans la matinée du 3 juillet 1940, les navires
britanniques de la force H de l'amiral James Sommerville, basée à
Gibraltar, se présentèrent devant Oran. Aux alentours de 10h30,
Sommerville adressa un ultimatum à l'amiral Gensoul, qui rejeta les
propositions de la Royal Navy et se déclara prêt à combattre. A ce
moment, les forces aériennes d'Afrique du Nord reçurent du général
Pennes l'ordre de se tenir prêtes à intervenir.

A 11h30, après un échange de télégrammes avec les commissions
d'armistice allemande et italienne, l'armée de l'Air fut autorisée,
en cas d'affrontement, à engager plusieurs groupes de chasse contre
les Britanniques. C'est peu avant 17h que Sommerville fit ouvrir le
feu dans la rade, où, incapables de manoeuvrer et de se défendre,
plusieurs bâtiments français furent sévèrement endommagés et
1300 marins français tués.

Peu avant la tombée de la nuit, une patrouille double du G.C. II/5
assura la couverture aérienne de Mers el-Kébir et parvint à abattre un
bombardier-torpilleur Skua de la Fleet Air Arm. Le lendemain, l'aviation
de bombardement française était en état de livrer bataille, mais
l'amirauté décida de ne pas l'utiliser contre la flotte britannique,
qui, ayant rempli sa mission, se retirait vers Gibraltar.

Le 5 juillet, fort de l'appui germano-italien, le général Pujo, ministre
de l'Air, donnait à l'Armée de l'Air en Afrique du Nord toutes facilités
pour agir comme elle l'entendrait. Cinq jours plus tard, une tentative
d'interception de la Royal Navy par neuf LeO-45 se solda par un échec.
Au total, lors des combats de Mers el-Kébir, l'armée de l'Air accomplit
180 sorties de chasse et 35 missions de reconnaissance, contre une seule
de bombardement. Elle abattit deux avions britanniques et en endommagea
deux autres.

Cette bataille joua un rôle capital dans l'histoire de l'Armée de l'air
d'armistice. Alarmés par l'attitude britannique, les Allemands et les
Italiens en différèrent la dissolution et autorisèrent le gouvernement
de Vichy à conserver sur le pied de guerre un certain nombre d'unités,
tant en métropole que dans les colonies.

Près de 340 avions, soit huit groupes de chasse, six de bombardement et
trois de reconnaissance, furent ainsi chargés d'assurer la défense de la
zone non occupée. La protection de l'Afrique du Nord incombait à six
groupes de chasse, neuf de bombardement et six de reconnaissance.
Plusieurs formations stationnaient au Levant, en Afrique Occidentale
et Equatoriale française, à Madagascar, de même qu'en Indochine.

Le maintien de l'Armée de l'Air apparaissait d'autant plus nécessaire
que, le 8 juillet 1940, des bombardiers-torpilleurs de la Fleet Air Arm
avaient tenté de couler le cuirassé Richelieu dans la rade de Dakar, au
Sénégal. Ils avaient échoué, mais les Britanniques revinrent à la charge
le 23 septembre suivant, avec cette fois des moyens considérables:
la Force M, avec les cuirassés Barham et Resolution, le porte-avions
Ark Royal, cinq croiseurs, 16 destroyers, 3 corvettes françaises,
de nombreux navires de transport de troupes, rassemblant
2400 Français libres et 4270 soldats britanniques.

Le but de l'opération "Menace" était de faire passer l'Afrique
Occidentale française dans le camp allié. Mais, fidèle au régime de
Vichy, le gouverneur général Boisson repoussa les offres du général
de Gaulle et ordonna à ses troupes de résister. De furieux combats
s'ensuivirent. Le G.C. I/4 perdit un H-75 lors de l'interception de
plusieurs appareils britanniques chargés de lâcher des tracts sur
Dakar. Le 24 septembre, la chasse française repoussa six torpilleurs
Fairey Swordfish qui tentèrent de s'en prendre à la flotte de Vichy.
Dans la même journée, des Martin 167F attaquèrent des navires
britanniques et placèrent un coup au but sur un croiseur.

Le lendemain, deux hydravions de la Fleet Air Arm qui réglaient le tir
des cuirassés furent abattus. Si la Force M se retira le 26 septembre,
les forces aériennes françaises de Vichy n'en restèrent pas moins en
alerte jusqu'au 7 octobre. La bataille de Dakar se soldait pour l'Armée
de l'Air par la perte d'un avion, contre cinq pour les Britanniques.

Entre-temps, les groupes basés en Afrique du Nord avaient, sur ordre du
gouvernement de Pétain, entrepris des bombardements de représailles sur
Gibraltar.

Le 24 septembre 1940, dix-huit LeO-45, vingt-sept Douglas DB-7 et
vingt-trois Glenn Martin 167F (dont dix-neuf de l'Aéronavale), escortés
par douze Dewoitine D.520 et vingt-quatre Curtiss H-75, larguèrent 40
tonnes de bombes sur les installations britanniques, touchant une partie
de l'arsenal et un navire.

Malgré la vive réaction de la défense antiaérienne anglaise, aucun avion
français ne fut atteint. Il n'en fut pas de même le lendemain, quand,
cette fois sans l'appui de la chasse, quatre-vingts bombardiers se
représentèrent au-dessus de la base britannique. Un LeO-45 s'écrasa en
mer et une dizaine de bimoteurs furent plus ou moins endommagés. Ce fut
la première et la dernière grande action offensive menée par l'Armée de
l'air de Vichy.


La guerre fratricide oubliée...

La guerre de Syrie contre les troupes franco-britanniques fut en fait
l'affrontement majeur auquel participèrent les forces aériennes de
l'Armée d'armistice. A la suite du coup d'état pro-nazi en Irak,
survenue en avril 1941, de la fermeture du pipe-line Mossoul-Haifa et du
transit des avions des pays de l'Axe par les bases françaises du Levant,
les Britanniques prirent la décision, en accord avec la France libre,
d'envahir le Liban.

A cette époque, les seules unités aériennes françaises établies dans
cette région étaient le groupe de chasse GC-1/7, sur Morane-Saulnier
MS-406, le groupe de bombardement GB-I/39, sur Martin 167F, épaulé par
les groupes II/39 et III/39, sur Potez 63/11, et par six escadrilles de
surveillance équipées de vieux Potez 25 TOE, soit 90 avions. Dès les
premières attaques aériennes britanniques du 15 mai 1941, le général
Jannekeyn, commandant de l'Air au Levant, réclama l'envoi de renforts.

Avec l'accord des commissions d'armistice allemande et italienne,
le G.C. III/6, équipé de Dewoitine D.520, quitta l'Afrique du nord et,
par l'Italie et la Grèce, rejoignit la Syrie le 24 mai. Entre-temps,
les raids de la Royal Air Force, menés par des Hurricane, des Gladiator
et des Blenheim, s'étaient intensifiés. Si, au départ, ils avaient visé
les appareils allemands ou italiens en route vers l'Irak, désormais
ils ne faisaient plus aucune différence entre les avions de l'Axe et
ceux de l'Armée de l'Air de Vichy.

L'offensive terrestre des Franco-Britanniques commença le 8 juin
suivant, date à laquelle de nombreux chasseurs ou bombardiers français
furent mitraillés et incendiés au sol. Dès le début de la bataille,
les groupes aériens du Levant furent utilisés pour l'appui au sol.
Les bombardiers entreprirent de freiner les colonnes adverses sans
le secours de l'aviation de chasse, qui s'employait à mitrailler les
concentrations de troupes.

Les 8 et 9 juin 1940, les Glenn Martin 167F du I/39 et les Bloch 200 du
III/39 bombardèrent la flotte britannique opérant au large des côtes
du Liban et touchèrent deux navires. Peu après, les Bloch 200 furent
retirés de la ligne de feu pour constituer avec les Potez 25 TOE des
escadrilles de surveillance, un groupement de bombardement de nuit.

La distance séparant la France du Levant et la brièveté des opérations
expliquèrent que seuls les groupes aériens parvinrent à temps sur ce
théâtre d'opérations. Les troupes terrestres parties de métropole se
trouvant seulement à Salonique quand cessèrent les combats! Le 10 juin,
les LeO-45 du G.B. I/31 se posèrent au Levant, suivi, quelques jours
plus tard, par le G.B. I/12 (LeO-45) et le G.C. II/3 (D.520).

L'Aéronavale participa elle aussi très activement à la campagne,
avec la flotille de surveillance 1T, équipée de Loire 130, puis les
flottilles 6B et 7B, et, enfin, les douze D.520 de la flotille 1AC,
arrivée le 4 juillet 1941. Bien qu'elles eussent déployé au Levant
les matériels les plus modernes dont elles disposaient, les forces
aériennes françaises ne purent empêcher les Franco-Britanniques de
parvenir jusqu'à Damas, qui tomba le 21 juin.

Une semaine plus tard, le général Jannekeyn regroupa ses unités dans la
région d'Alep, bien desservie en terrains d'aviation, et s'employa à les
réorganiser. Il créa un groupement de chasse et un groupement de
bombardement et de reconnaissance, qu'il baptisa "Groupement Nord".

C'est au sein de cette grande unité que l'armée de l'Air poursuivit
une bataille qui, jour après jour, penchait désormais du côté des
Franco-Britanniques. L'entrée en ligne du Curtiss Kittyhawk, supérieur
au D.520, fatigué, ne fut pas étrangère au retournement de la situation.

Obligés de lutter contre la chasse ennemie et de remplacer les
bombardiers lors des missions d'attaque au sol, les D.520 furent abattus
les uns après les autres. Le 8 juillet, le général Dentz, commandant de
l'armée française au Levant, prit la résolution, avec l'assentiment des
autorités de Vichy, de demander un cessez-le-feu à Londres.

A cette date, le G.C. III/6, saigné à blanc, quittait la Syrie, imité
dans les jours qui suivirent par les autres unités. Le 14 juillet 1941,
l'armistice signé à Saint-Jean-d'Acre mettait fin à une guerre
fratricide. Sur les 279 appareils qu'elle avait engagés au Levant,
l'Armée de l'Air en avait perdu 179, la plupart au sol. Ses formations
de chasse revendiquèrent 29 victoires sûres et 8 autres probables.

--
Mara Jade Skywalker - ***@tiscali.be
http://www.starwars.com/databank/character/marajadeskywalker/eu.html
"Don't underestimate the power of the dark side!" (Darth Vader)
"Guantanamo: tellement sympa que vous n'en reviendrez pas!" (Jade)
D'Iberville: saviez-vous que... http://diberville.blogspot.com/
--
Mara Jade Skywalker
2005-07-19 14:58:54 UTC
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Guerre aérienne - Armée de l'Air de Vichy 1940-1942 -

Le 25 juin 1940, la signature de l'armistice mettait fin à la campagne
de France. Les 853 victoires remportées en combat valurent à l'Armée
de l'Air française de faire l'objet des clauses les plus draconiennes
du document signé avec les pays de l'Axe.

Elle était condamnée à disparaître, après avoir livré ses matériels à la
Luftwaffe et à la Regia Aeronautica italienne. Néanmoins, la France
reçut d'Hitler l'autorisation de conserver une partie de ses avions dans
des dépôts répartis entre la zone non occupée et certaines colonies
d'Afrique, sous réserve que des commissions spéciales de contrôle
puissent en vérifier l'utilisation.

La démobilisation des forces armées françaises prit effet dès la fin du
mois de juin, les unités opérationnelles étant progressivement
dissoutes.

Ce n'est qu'après la capitulation inconditionnelle de l'Allemagne nazie
que l'Armée de l'Air sera pleinement reconstituée, grâce aux industries
américaines et britanniques dans un premier temps.

Et les Allemands veillèrent scrupuleusement à ce que ces forces
aériennes n'acquièrent jamais une puissance susceptible de menacer leur
sécurité.


Le sursis...

Au début de juillet 1940, l'Armée de l'air était loin de penser à sa
revanche. Brisée par la défaite, accusée d'avoir failli à sa mission,
elle était complètement désorganisée. Le personnel envisageait, non sans
appréhension, le retrait de l'activité d'un certain nombre d'officiers
et de sous-officiers, prévu pour le mois de septembre suivant.

Dans la semaine qui précéda le cessez-le-feu du 25 juin, de nombreuses
formations équipées de matériel moderne avaient été rassemblées sur les
terrains d'Afrique du nord. Elles disposaient de 278 Curtiss H-75 de
fabrication américaine, de Dewoitine D.520 et Morane Saulnier MS-406,
intégrés dans treize groupes de chasse.

211 Glenn Martin 167F, Douglas DB-7, LeO-45, Amiot 351, Farman 222 et
223 réunis au sein de vingt et un groupes de bombardement. 96 Potez
63/11, Bloch 174 et Martin 167F, formant cinq groupes aériens
d'observation, et plusieurs Breguet 693.

Privée de pièces de rechange, de mécaniciens et de personnel navigant,
cette force aérienne n'avait de puissance que sur le papier et était
tout juste capable de mener une action défensive. Quant aux unités
dispersées dans l'empire colonial, la vétusté de leur matériel leur
ôtait tout espoir d'intervenir dans un combat contre la Luftwaffe
ou la Regia Aeronautica.

Tel était l'état de l'Armée de l'Air quand les Britanniques attaquèrent
l'escadre française de l'amiral Gensoul à Mers el-Kébir. Résolu à ne
pas laisser tomber entre les mains de l'Axe les magnifiques unités
qui composaient les forces navales françaises de Méditerranée,
le gouvernement britannique avait décidé d'en obtenir le ralliement
ou de les détruire.

C'est dans ce but que, dans la matinée du 3 juillet 1940, les navires
britanniques de la force H de l'amiral James Sommerville, basée à
Gibraltar, se présentèrent devant Oran. Aux alentours de 10h30,
Sommerville adressa un ultimatum à l'amiral Gensoul, qui rejeta les
propositions de la Royal Navy et se déclara prêt à combattre. A ce
moment, les forces aériennes d'Afrique du Nord reçurent du général
Pennes l'ordre de se tenir prêtes à intervenir.

A 11h30, après un échange de télégrammes avec les commissions
d'armistice allemande et italienne, l'armée de l'Air fut autorisée,
en cas d'affrontement, à engager plusieurs groupes de chasse contre
les Britanniques. C'est peu avant 17h que Sommerville fit ouvrir le
feu dans la rade, où, incapables de manoeuvrer et de se défendre,
plusieurs bâtiments français furent sévèrement endommagés et
1300 marins français tués.

Peu avant la tombée de la nuit, une patrouille double du G.C. II/5
assura la couverture aérienne de Mers el-Kébir et parvint à abattre un
bombardier-torpilleur Skua de la Fleet Air Arm. Le lendemain, l'aviation
de bombardement française était en état de livrer bataille, mais
l'amirauté décida de ne pas l'utiliser contre la flotte britannique,
qui, ayant rempli sa mission, se retirait vers Gibraltar.

Le 5 juillet, fort de l'appui germano-italien, le général Pujo, ministre
de l'Air, donnait à l'Armée de l'Air en Afrique du Nord toutes facilités
pour agir comme elle l'entendrait. Cinq jours plus tard, une tentative
d'interception de la Royal Navy par neuf LeO-45 se solda par un échec.
Au total, lors des combats de Mers el-Kébir, l'armée de l'Air accomplit
180 sorties de chasse et 35 missions de reconnaissance, contre une seule
de bombardement. Elle abattit deux avions britanniques et en endommagea
deux autres.

Cette bataille joua un rôle capital dans l'histoire de l'Armée de l'air
d'armistice. Alarmés par l'attitude britannique, les Allemands et les
Italiens en différèrent la dissolution et autorisèrent le gouvernement
de Vichy à conserver sur le pied de guerre un certain nombre d'unités,
tant en métropole que dans les colonies.

Près de 340 avions, soit huit groupes de chasse, six de bombardement et
trois de reconnaissance, furent ainsi chargés d'assurer la défense de la
zone non occupée. La protection de l'Afrique du Nord incombait à six
groupes de chasse, neuf de bombardement et six de reconnaissance.
Plusieurs formations stationnaient au Levant, en Afrique Occidentale
et Equatoriale française, à Madagascar, de même qu'en Indochine.

Le maintien de l'Armée de l'Air apparaissait d'autant plus nécessaire
que, le 8 juillet 1940, des bombardiers-torpilleurs de la Fleet Air Arm
avaient tenté de couler le cuirassé Richelieu dans la rade de Dakar, au
Sénégal. Ils avaient échoué, mais les Britanniques revinrent à la charge
le 23 septembre suivant, avec cette fois des moyens considérables:
la Force M, avec les cuirassés Barham et Resolution, le porte-avions
Ark Royal, cinq croiseurs, 16 destroyers, 3 corvettes françaises,
de nombreux navires de transport de troupes, rassemblant
2400 Français libres et 4270 soldats britanniques.

Le but de l'opération "Menace" était de faire passer l'Afrique
Occidentale française dans le camp allié. Mais, fidèle au régime de
Vichy, le gouverneur général Boisson repoussa les offres du général
de Gaulle et ordonna à ses troupes de résister. De furieux combats
s'ensuivirent. Le G.C. I/4 perdit un H-75 lors de l'interception de
plusieurs appareils britanniques chargés de lâcher des tracts sur
Dakar. Le 24 septembre, la chasse française repoussa six torpilleurs
Fairey Swordfish qui tentèrent de s'en prendre à la flotte de Vichy.
Dans la même journée, des Martin 167F attaquèrent des navires
britanniques et placèrent un coup au but sur un croiseur.

Le lendemain, deux hydravions de la Fleet Air Arm qui réglaient le tir
des cuirassés furent abattus. Si la Force M se retira le 26 septembre,
les forces aériennes françaises de Vichy n'en restèrent pas moins en
alerte jusqu'au 7 octobre. La bataille de Dakar se soldait pour l'Armée
de l'Air par la perte d'un avion, contre cinq pour les Britanniques.

Entre-temps, les groupes basés en Afrique du Nord avaient, sur ordre du
gouvernement de Pétain, entrepris des bombardements de représailles sur
Gibraltar.

Le 24 septembre 1940, dix-huit LeO-45, vingt-sept Douglas DB-7 et
vingt-trois Glenn Martin 167F (dont dix-neuf de l'Aéronavale), escortés
par douze Dewoitine D.520 et vingt-quatre Curtiss H-75, larguèrent 40
tonnes de bombes sur les installations britanniques, touchant une partie
de l'arsenal et un navire.

Malgré la vive réaction de la défense antiaérienne anglaise, aucun avion
français ne fut atteint. Il n'en fut pas de même le lendemain, quand,
cette fois sans l'appui de la chasse, quatre-vingts bombardiers se
représentèrent au-dessus de la base britannique. Un LeO-45 s'écrasa en
mer et une dizaine de bimoteurs furent plus ou moins endommagés. Ce fut
la première et la dernière grande action offensive menée par l'Armée de
l'air de Vichy.


La guerre fratricide oubliée...

La guerre de Syrie contre les troupes franco-britanniques fut en fait
l'affrontement majeur auquel participèrent les forces aériennes de
l'Armée d'armistice. A la suite du coup d'état pro-nazi en Irak,
survenue en avril 1941, de la fermeture du pipe-line Mossoul-Haifa et du
transit des avions des pays de l'Axe par les bases françaises du Levant,
les Britanniques prirent la décision, en accord avec la France libre,
d'envahir le Liban.

A cette époque, les seules unités aériennes françaises établies dans
cette région étaient le groupe de chasse GC-1/7, sur Morane-Saulnier
MS-406, le groupe de bombardement GB-I/39, sur Martin 167F, épaulé par
les groupes II/39 et III/39, sur Potez 63/11, et par six escadrilles de
surveillance équipées de vieux Potez 25 TOE, soit 90 avions. Dès les
premières attaques aériennes britanniques du 15 mai 1941, le général
Jannekeyn, commandant de l'Air au Levant, réclama l'envoi de renforts.

Avec l'accord des commissions d'armistice allemande et italienne,
le G.C. III/6, équipé de Dewoitine D.520, quitta l'Afrique du nord et,
par l'Italie et la Grèce, rejoignit la Syrie le 24 mai. Entre-temps,
les raids de la Royal Air Force, menés par des Hurricane, des Gladiator
et des Blenheim, s'étaient intensifiés. Si, au départ, ils avaient visé
les appareils allemands ou italiens en route vers l'Irak, désormais
ils ne faisaient plus aucune différence entre les avions de l'Axe et
ceux de l'Armée de l'Air de Vichy.

L'offensive terrestre des Franco-Britanniques commença le 8 juin
suivant, date à laquelle de nombreux chasseurs ou bombardiers français
furent mitraillés et incendiés au sol. Dès le début de la bataille,
les groupes aériens du Levant furent utilisés pour l'appui au sol.
Les bombardiers entreprirent de freiner les colonnes adverses sans
le secours de l'aviation de chasse, qui s'employait à mitrailler les
concentrations de troupes.

Les 8 et 9 juin 1940, les Glenn Martin 167F du I/39 et les Bloch 200 du
III/39 bombardèrent la flotte britannique opérant au large des côtes
du Liban et touchèrent deux navires. Peu après, les Bloch 200 furent
retirés de la ligne de feu pour constituer avec les Potez 25 TOE des
escadrilles de surveillance, un groupement de bombardement de nuit.

La distance séparant la France du Levant et la brièveté des opérations
expliquèrent que seuls les groupes aériens parvinrent à temps sur ce
théâtre d'opérations. Les troupes terrestres parties de métropole se
trouvant seulement à Salonique quand cessèrent les combats! Le 10 juin,
les LeO-45 du G.B. I/31 se posèrent au Levant, suivi, quelques jours
plus tard, par le G.B. I/12 (LeO-45) et le G.C. II/3 (D.520).

L'Aéronavale participa elle aussi très activement à la campagne,
avec la flotille de surveillance 1T, équipée de Loire 130, puis les
flottilles 6B et 7B, et, enfin, les douze D.520 de la flotille 1AC,
arrivée le 4 juillet 1941. Bien qu'elles eussent déployé au Levant
les matériels les plus modernes dont elles disposaient, les forces
aériennes françaises ne purent empêcher les Franco-Britanniques de
parvenir jusqu'à Damas, qui tomba le 21 juin.

Une semaine plus tard, le général Jannekeyn regroupa ses unités dans la
région d'Alep, bien desservie en terrains d'aviation, et s'employa à les
réorganiser. Il créa un groupement de chasse et un groupement de
bombardement et de reconnaissance, qu'il baptisa "Groupement Nord".

C'est au sein de cette grande unité que l'armée de l'Air poursuivit
une bataille qui, jour après jour, penchait désormais du côté des
Franco-Britanniques. L'entrée en ligne du Curtiss Kittyhawk, supérieur
au D.520, fatigué, ne fut pas étrangère au retournement de la situation.

Obligés de lutter contre la chasse ennemie et de remplacer les
bombardiers lors des missions d'attaque au sol, les D.520 furent abattus
les uns après les autres. Le 8 juillet, le général Dentz, commandant de
l'armée française au Levant, prit la résolution, avec l'assentiment des
autorités de Vichy, de demander un cessez-le-feu à Londres.

A cette date, le G.C. III/6, saigné à blanc, quittait la Syrie, imité
dans les jours qui suivirent par les autres unités. Le 14 juillet 1941,
l'armistice signé à Saint-Jean-d'Acre mettait fin à une guerre
fratricide. Sur les 279 appareils qu'elle avait engagés au Levant,
l'Armée de l'Air en avait perdu 179, la plupart au sol. Ses formations
de chasse revendiquèrent 29 victoires sûres et 8 autres probables.


La fin...

Les événements de Syrie et du Liban constituèrent une véritable leçon
pour les dirigeants de l'Armée de l'Air. Ils montraient l'incapacité des
forces aériennes de Vichy à mener une quelconque action offensive et à
conduire des opérations défensives prolongées.

Cette faiblesse tenait à des problèmes essentiellement structurels.
En dépit du programme de collaboration aéronautique signé avec les
Nazis en juillet 1941, le secrétariat d'Etat à l'aviation de Vichy ne
parvint jamais à doter ses formations volantes d'un matériel moderne.
Par ailleurs, les obstacles dressés par les autorités d'occupation
firent que l'enseignement dans les écoles de l'armée de l'Air resta
toujours limité, et la formation du personnel spécialisé s'en ressentit
profondément.

Cette faiblesse endémique expliqua sans doute le rôle mineur joué par
l'aviation française dans les combats de Madagascar. En février 1942,
les deux escadrilles formant les forces aériennes de la grande île
avaient fusionné pour donner naissance au groupe aérien mixte, équipé
de Morane-Saulnier MS-406, de Potez 63/11 et de Potez 25 TOE.

C'est avec ces quelques avions que, à partir du 5 mai 1942, l'Armée de
l'Air dut affronter les Grumman Martlet (F4F Wildcat utilisé par la
Royal Navy), les Hawker Sea Hurricane, les Fairey Fulmar, Albacore et
Swordfish de la Fleet Air Arm. Les rencontres tournèrent toujours à
l'avantage des Britanniques.

Après un cessez-le-feu de quelques mois, les hostilités reprirent le
18 septembre 1942. A cette époque, les Français ne disposaient plus
que dequatre Morane-Saulnier MS-406 et de trois Potez 63/11. Ils
furent presque tous détruits au sol durant les raids britanniques.

La campagne de Madagascar s'achevait à peine que, le 8 novembre 1942,
l'Armée de l'Air devait faire face au débarquement allié en Algérie et
au Maroc. Les 600 avions qu'elle alignait en Afrique du Nord lui
donnaient une puissance qui, sans être illimitée, n'en restait pas moins
réelle.

Les combats que livrèrent les sept groupes de chasse, les neuf groupes
de bombardement et les diverses unités de l'Aéronavale française à
l'aviation embarquée anglo-américaine furent sans doute les plus
violents de toute l'histoire de l'Armée de l'air d'armistice.

Le dimanche 8 novembre au petit matin, les chasseurs F4F Wildcat de
l'aéronavale américaine mitraillèrent par surprise les bases aériennes
de Rabat, Casablanca et Oran, détruisant de nombreux avions au sol.
Plusieurs Curtiss H-75 et Dewoitine D.520 parvinrent néanmoins à
décoller et leur infligèrent quelques pertes: dix victoires pour le G.C.
II/5 à Casablanca et dix-sept pour le G.C. III/3 à Oran.

Une douzaine de bombardiers des G.B. I/32 et II/23, escortés par
treize chasseurs des G.C. I/5 et II/5 survolèrent même la flotte
anglo-américaine. Au soir du 8 novembre, 30 chasseurs et bombardiers
français avaient été abattus. Le lendemain, la situation des unités
françaises s'était agravée: cinquante-deux avions perdu.

Le cessez-le-feu entre Vichy et les Alliés fut signé le 10 novembre.
La réponse d'Hitler ne se fit pas attendre.

Le 11 novembre 1942, les Allemands envahissaient la Zone Libre.
Et le 27 novembre, l'Armée de l'air d'armistice était dissoute.

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